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MASHROU3I IN FOCUS : Ils ont tout abandonné pour devenir entrepreneur

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MASHROU3I IN FOCUS : Ils ont tout abandonné pour devenir entrepreneur

Alors que le chômage auprès des diplômés peine à diminuer, les jeunes tunisiens aspirent à de nouveaux horizons pour leur carrière professionnelle. Travailler dans le secteur public ne devient plus une évidence depuis quelques années, et nombreux sont ceux qui souhaitent prévaloir leur indépendance avant toute chose.

Ainsi, guidés par une passion nourrie depuis l’enfance, ou tout simplement motivés par une idée innovante, certains entrepreneurs font aujourd’hui le pari d’abandonner leur carrière professionnelle pour se lancer dans l’entrepreneuriat.

Un pari qui peut se révéler risqué, mais qui, dans certains cas, porte également ses fruits, comme le prouve le parcours de cinq entrepreneurs tous venus d’univers très différents et accompagnés par le programme Mashrou3i.

Le choix de la reconversion par passion

A l’instar d’autres programmes, le projet Mashrou3i de l’USAID assiste les entrepreneurs en herbe durant les étapes cruciales de la création et du développement de leurs entreprises, pour concrétiser leur rêve et faire de leur projet une entreprise viable. Sonia Ibidhi, agricultrice dans les hauteurs limitrophes de Tabarka, témoigne:

« Quand j’étais petite, mon rêve était de devenir agricultrice. Enfiler des bottes vertes, m’enfoncer dans la terre et vivre au quotidien la nature. Mais malheureusement mon père ne le voyait pas du même œil. J’ai donc choisi une voix plus commune pour entrer dans les rangs, et je suis devenu journaliste.»

Autodidacte, Sonia Ibidhi a tout appris de son métier d’agricultrice. Destinée à une longue carrière dans le journalisme, elle a lancé en avril 2018 la première plantation agricole de fleurs comestibles en Tunisie.

« Travailler dans le domaine de la presse écrite te pousse au quotidien à faire des recherches sur des sujets d’articles potentiels, les innovations, les nouvelles tendances. C’est ainsi que j’ai découvert l’usage des fleurs dans la gastronomie et son succès auprès des restaurateurs en Europe et en France particulièrement. Aujourd’hui grâce à Mashrou3i, un coach spécialisé dans l’agroalimentaire me suit pour m’aider à comprendre tous les rouages du métier d’agricultrice. »

De journaliste à agricultrice, Sonia est maintenant propriétaire de 5 hectares aux portes de Tabarka où elle cultive de nombreuses variétés de plantes aromatiques et de fleurs.

L’entrepreneuriat, une alternative évidente au chômage

Alors que le chômage touche aujourd’hui près d’un tiers des jeunes diplômés tunisiens, certains ont du mal à envisager une carrière florissante lorsqu’ils peinent déjà à trouver leur premier emploi. Le secteur de l’informatique particulièrement touché par ces défis, incitent les jeunes à réfléchir à une alternative pour leur avenir professionnel.

C’est le cas de Mohamed Ben Marzouk, jeune diplômé en Informatique de la faculté de Gabès, qui a choisi de faire face à la crise économique en changeant radicalement de domaine. Il devient en 2018 le gérant d’une société de gravure sur meubles et créateur d’objets de décoration. Accompagné par Mashrou3i durant sa formation entrepreneuriale, il raconte :

« Le programme de formation HP LIFE e-learning m’a permis de tester mes compétences en tant qu’entrepreneur et confirmer mes capacités à lancer et développer une activité née de la passion. Durant 4 jours de formation continue à Douz, j’ai réalisé mon Business Model, point de départ de mon projet d’entreprise. » 

A l’opposé, pour certains, l’entrepreneuriat ouvre un champ de possibilités sans barrière de diplômes ni d’expériences. Seul l’accompagnement lors de la création d’entreprise prime alors. C’est le rôle que Mashrou3i a joué auprès de Karim Taamallah, jeune propriétaire d’un atelier de marbrerie.Karim abandonne ses études très tôt, sans obtenir son baccalauréat. Dix ans plus tard, accompagné par le projet Mashrou3i de USAID, il lance en mai 2019, un atelier de marbrerie dans la zone industrielle de Hammam Zriba, dans le gouvernorat de Zaghouan.

« Je ne pensais pas monter mon propre projet. Mais encouragé par un ami, j’ai découvert qu’il existait de nombreuses aides aux entrepreneurs en démarrage, donc je me suis lancé. »

« Mis à part les nombreuses formations Mashrou3i auxquelles j’ai participé et qui m’ont permis de comprendre toutes les techniques de financement, de gestion d’entreprise et de marketing, les experts du projet m’ont accompagné durant toutes les difficultés que j’ai pu rencontrer lors de la création de mon projet. »  

Miser sur le potentiel de sa région pour construire sa carrière d’entrepreneur

Même constat pour Khouloud Mekni, qui, diplômée en économie et finance internationale, s’est faite accompagnée par Mashrou3i lorsqu’elle a décidé d’entamer sa reconversion professionnelle dans le secteur de l’agroalimentaire.

Originaire de Béja, Khouloud Mekni lance en 2019 « LOUDA », une entrepriseproductrice de condiments,et oignons séchés.

« Un jour », raconte Khouloud en riant, « j’épluchais des oignons et je ne pouvais retenir mes larmes. Je me suis alors demandé pourquoi ne pas transformer l’ail et l’oignon en poudre. »

D’une idée simple, Khouloud s’investit dans un projet innovant. Elle commence dès lors un long processus de recherche, pour développer son idée et en faire un projet rentable.En 2017, Khouloud découvre à la pépinière d’entreprise l’iniative pour entrepreneurs HPLIFE e-learning du projet Mashrou3i, qui lui permet de concevoir clairement son business model et d’avancer rapidement sur son étude de projet.

« Me lancer sans aucune expérience dans la fabrication d’un produit nouveau sur le marché a été le grand challenge de ma vie. Mais que j’ai réussi avec l’accompagnement de Mashrou3i. Outre un coaching personnalisé, j’ai bénéficié d’une formation en marketing et accès aux marchés, ainsi que d’une assistance technique pour l’analyse de mon produit, l’établissement du code à barre et l’enregistrement de ma marque « LOUDA ». »

En septembre 2018, Khouloud lance son projet pour un investissement total de 28’000 DT.Près d’un an plus tard,la jeune entrepreneure installée dans la région de Béja, s’applique maintenant à diversifier sa gamme de produits avec d’autres légumes et fruits séchés.

L’innovation, ou la naissance d’une start-up

L’une des premières raisons de lancer sa start-up aujourd’hui, reste de trouver LE créneau d’investissement où le marché est encore vierge ou presque. Une faible concurrence, des prix à bas coûts, une idée innovante, telle est la recette du succès pour certains.

C’est l’occasion qu’a su saisir Mehdi Bhouri il y a quelques mois. Alors destiné à une carrière prometteuse dans le système bancaire tunisien, Mehdi, jeune ingénieur financier, souhaitait ajouter une dose de dynamisme dans son quotidien. Après avoir obtenu son diplôme en ingénierie financière ainsi qu’un DESS, il commence à travailler à la banque centrale dans le département macro-économie. Mehdi prend très vite la position de Directeur Adjoint et gère tout un service au sein de la banque centrale de Tunisie.

« Alors que je gérai alors le service du diagnostic monétaire et conjoncturel à la banque centrale, ma tâche était de réaliser une analyse sectorielle et établir une prévision de la croissance. J’étais convaincu que la croissance pouvait être beaucoup plus rapide si nous nous concentrions vers des secteurs à haute valeur ajoutée. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert la biotechnologie. Et en décembre 2016, après la lecture d’un article sur les microalgues, ma décision était prise : j’allais lancer une unité de production de microalgues en Tunisie. »

Mais comment faire lorsque l’on est financier et que l’on a aucune compétence scientifique dans le domaine de la biotechnologie ? Mehdi a tout simplement fait appel à son réseau et s’est entouré des meilleurs scientifiques. En 2018, ils achètent la première souche de l’astaxanthine, une microalgue, auprès de l’Université du Texas et démarre la phase de prototypage. Entouré d’une équipe de 5 scientifiques, Mehdi crée officiellement son entreprise en septembre 2018. Lors des premières étapes de la création de Water Spirit, il rejoint le programme Mashrou3i pour assurer le démarrage de sa start-up.

« Mashrou3i a participé à la prise en charge d’une étude technico-économique auprès d’un partenaire allemand. Il s’agit de l’étude clé qui m’a permis de bien comprendre le détail du détail de l’industrie biotechnologique, de la concurrence et du marché international. En parallèle aux nombreuses formations techniques auxquelles j’ai bénéficié, j’ai toujours trouvéà travers Mashrou3i, un accompagnement et un appui dans toutes mes démarches administratives et autres. »

Ambitieux pour l’avenir, il souhaite diversifier sa gamme de microalgues et représenter un acteur capital dans le développement du secteur de la biotechnologie en Tunisie.

« Je suis convaincu aujourd’hui, que l’avenir de la biotechnologie en Tunisie sera étroitement lié à l’avenir de Water Spirit. »

La Tunisie reste un eldorado pour les futurs entrepreneurs. Les accords commerciaux et la proximité avec les marchés européens et du Moyen-Orient, les aides à la création d’entreprise, et la digitalisation des services donnent raison à une étude de la Banque Mondiale (Doing Business 2020) qui classe la Tunisie à la 19ème place des pays les plus favorables en termes de création d’entreprise. Les programmes d’accompagnement des entrepreneurs tels que le projet Mashrou3i de l’USAID, en font leur leitmotiv pour assurer le développement de la conscience entrepreneuriale pour les prochaines années.

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